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Se relancer malgré la peur : Alexandra Guerain et sa deuxième grossesse
Interview12 oct. 20267 min de lecture

Se relancer malgré la peur : Alexandra Guerain et sa deuxième grossesse

Sommaire

En bref : Il y a dix ans, Alexandra Guerain tombait enceinte sous pilule, sans l'avoir vraiment décidé. Une grossesse traumatisante vécue alitée, entre souffrance, peur et anxiété. Dix ans après, elle est à nouveau mère. Elle nous raconte comment elle a réappris à faire confiance à son corps, sa peur de recommencer, et l'ambivalence de la maternité.

S'y remettre malgré la peur. Certaines grossesses laissent des traces qu'on ne referme jamais tout à fait. Alexandra Guerain le sait mieux que quiconque : dix ans après une première expérience qui l'a marquée, elle a choisi d'y retourner, cette fois en connaissance de cause. Entre le poids du passé, la rencontre qui a tout changé, et une grossesse vécue "dans la crainte et la neutralité", elle nous livre un témoignage sans filtre sur ce que veut dire : refaire confiance à son corps.


Pendant presque dix ans, l'idée d'une nouvelle grossesse n'était pas envisageable. Est-ce qu'il y a eu un moment précis de bascule pour t'y remettre ?

Je n'avais pas le courage de m'y mettre, honnêtement. Mais la rencontre avec mon copain, Rayane, a tout changé… J'ai toujours été très indépendante, à tout gérer par moi-même. Et là, je rencontre quelqu'un sur qui j'arrive à me reposer, qui me met assez en confiance pour me dire « peut-être, pourquoi pas »…

C'est plutôt ça qui a tout fait basculer, de manière progressive, avec lui. Et puis j'ai toujours voulu deux enfants, une fratrie. J'ai grandi avec un frère et je trouve que quand tu es adulte, dans l'accompagnement des difficultés de la vie, quand tu as un parent malade, ce genre de choses, c'est important. Après, on n'est pas obligé de s'entendre avec son frère ou sa sœur, malheureusement. Mais je voulais ça aussi pour Tyhoa (sa fille aînée, ndlr), pour son avenir.

Il y a aussi la question de l'âge. Je ne suis pas vieille, on peut faire des enfants bien plus tard, mais ma fille a déjà un certain âge. Quand j'aurai 45 ans, elle en aura 20 et je serai assez "libre". 45 ans, c'est très jeune, mais à ce moment-là, avec cette liberté retrouvée, je ne me serais pas vue repartir avec un enfant en bas âge.

Pour cette nouvelle grossesse, tu as tout fait à l'inverse de la première : tu l'as voulue, préparée, attendue. Quelle place occupait la peur, dans cette attente et cette préparation ?

Je ne l'ai pas vraiment préparée mais on avait en tête que ce serait une possibilité. On s'est dit : j'ai 35 ans, laissons les choses se faire. Ça se fait, ça se fait ; ça ne se fait pas, ça ne se fait pas. Je m'étais fixé une limite d'âge, à 38 ans.

Pour ce qui est de la peur, elle occupait quand même une place, mais j'essayais de rester positive et de me concentrer sur l'espoir que ce serait différent.

Le corps et le mental

Ta première grossesse a été traumatisante (utérus contractile, alitée de longs mois). Tu savais que la deuxième ne serait pas épargnée. De l'extérieur, on pourrait croire que tu l'as mieux vécue cette fois. C'est le cas ?

Honnêtement un peu de oui mais surtout du non : globalement je ne l'ai pas mieux vécue.

Ce qui m'a aidée, c'était de savoir où je mettais les pieds, ça me permettait d'anticiper. Mais en vérité, comme prévu, dans la grossesse tout est absolument hors de contrôle, hors de ma portée. Et c'est aussi pour ça que c'est terrible pour moi et pour ma santé mentale : c'est hors contrôle, alors que mon plus gros problème dans la vie de tous les jours, c'est que je ne sais pas lâcher prise. C'est récurrent dans mes autres peurs dans la vie, dans ma façon d'être, ma façon de penser. Au niveau de la santé mentale, je pense que c'était assez similaire à la première grossesse.

La part de moi qui l'a mieux vécue peut-être, c'est sur le point physique. Je n'ai pas été hospitalisée, pas de long séjour à l'hôpital, pas de transfert dans les grandes maternités et tous ces trucs que j'avais vécus la première fois. Moins de perfusions, moins de tout ça. Mais j'ai quand même été beaucoup, beaucoup surveillée, avec beaucoup de stress.

Comment as-tu apprivoisé ce corps « imprévisible » ? Tu as fait les choses différemment ?

J'ai surtout mieux anticipé : j'avais plus de rendez-vous médicaux dès le départ. Et j'ai anticipé de rester un peu calme, pour éviter d'arriver au point de non-retour où j'aurais été hospitalisée.

Tu as dit dans un épisode de ton podcast que malgré le désir de cette grossesse, tu avais fondu en larmes à l'annonce de ta grossesse. Quelle était ta plus grande crainte ? Et est-ce que c'est la même qu'il y a dix ans, ou une autre ?

Oui, j'ai quand même pleuré, par stress, par trauma, par trigger. J'ai pleuré un peu. Bien sûr j'étais contente, mais la panique a pris le dessus tout de suite. Je me suis dit : « Ouh là, est-ce que je suis sûre de moi ? »

Je trouve que c'est une question difficile. Il y a tellement d'ambivalence dans la maternité, dans la grossesse. C'est tellement dur d'être 100 % sûre. Bien sûr que je suis sûre de vouloir un enfant mais est-ce que je suis sûre d'être capable de traverser cette épreuve qu'est la grossesse, pour moi ? Non.

C'est comme les questions que les gens se posent souvent : « Est-ce que tu es sûre que le mec avec qui tu fais l'enfant, c'est le bon ? » Pour moi, ce sont des questions un peu lunaires, parce que même si j'adorerais avoir la réponse, une réponse absolue, et qu'aujourd'hui j'y crois, ça ne veut pas dire que dans cinq ans ce sera le cas. Parce que dans la vie, malheureusement, il peut se passer n'importe quoi.

Comment refait-on confiance à un corps qui t'a déjà « lâché » ? Est-ce que c'est même le bon mot, la confiance, ou est-ce qu'on avance sans ?

On ne fait pas confiance. Je n'ai pas vraiment fait confiance à mon corps, quand bien même, au final, il a tenu. C'est plutôt un survival mode, où tu restes en apnée. Personnellement, c'est un peu comme ça que je l'ai vécu, et c'est ça qui est terrible.

Il y a des jours où j'arrivais un peu à lâcher prise. En fait, pour moi, dans la grossesse, la seule chose qui te fait du bien, la seule qui apaise ta santé mentale, ton physique et tous les symptômes qui l'accompagnent, peu importe lesquels, c'est d'accoucher. Donc plus les jours avancent, plus le stress décroît, plus les choses s'apaisent. Les premières semaines, je n'y arrivais pas ; plus ça avançait, mieux ça allait, et plus je me mettais en confiance. Mais au début, on avance sans.

Comment on se prépare à l'arrivée d'un deuxième enfant avec une grossesse à risque ?

Je suis assez superstitieuse. Je ne sais pas si c'est le bon mot, mais en tout cas je préfère ne pas me précipiter : ne pas préparer trop de choses, ne pas trop anticiper, ne pas acheter trop de lits, de vêtements, dans le doute.

C'est comme dans la maternité : quand les gens demandent « est-ce que ton bébé dort ? », même s'il dort, je réponds toujours « ouais, non ». Parce que j'ai l'impression que dès que tu dis oui, ça y est, c'est foutu, il ne dort plus. Donc comment on se prépare ? Moi, je me suis préparée comme ça : dans la crainte et la neutralité.

Qu'est-ce qui te donne de la force, dans cette nouvelle grossesse, et qu'est-ce qui t'a donné la force de t'y remettre ?

Mon conjoint et ma fille, mon binôme. Même si je ne peux pas tout lui dire et tout lâcher sur elle, parce que ce n'est pas sain, elle m'aide. Ça aide d'avoir quelqu'un.

Ce qui se montre

Tu es très honnête sur ce que tu traverses, et on entend finalement peu de prises de parole sur les grossesses complexes. Qu'est-ce que tu as envie de dire aux femmes qui vivent ce que tu as vécu ?

Je n'ai pas tout le temps envie d'en parler parce que parfois je me dis que c'est trop négatif, que ce n'est pas forcément le message que j'ai envie de faire passer, parce qu'à la base je suis plutôt légère dans ma façon de communiquer. Je parle de vêtements, je ne vais pas deep dans ce que je pense, parce que ce n'est pas comme ça que j'ai envie d'être sur les réseaux.

Mais d'un autre côté, quand je ne vais pas bien, ou quand je cherche des réponses, c'est souvent vers les réseaux que je me tourne : je vais taper « grossesse compliquée », etc. Et finalement, le fait que je cherche ça aussi et que des contenus me permettent de me sentir moins seule… pourquoi ne pas partager les miens ? Peut-être que justement ça pourra aider d'autres personnes à se rendre compte de l'ambivalence de la maternité. Parce que je trouve que ce n'est pas assez dit.

Soit c'est super, soit c'est terrible. Soit on parle des mères qui ont abandonné, tout lâché, et on les met sur le bûcher comme si c'étaient les pires personnes du monde ; soit des mères parfaites, tout est génial, c'est le meilleur rôle de ma vie. Mais il y a forcément un entre-deux, une nuance. Et je trouve dommage qu'elle ne soit pas assez mise en avant. Parce que ce n'est pas parce qu'on déteste quelque chose qu'on ne peut pas l'aimer aussi en même temps. Moi par exemple, je déteste ma grossesse, ça ne m'empêche pas d'aimer mes enfants. Ce sont deux choses qu'il faut apprendre à dissocier, et que les gens font peu.

Alexandra a donné naissance à son deuxième enfant, un garçon, Juna, en août 2026.