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En bref : À 49 ans, l'autrice et artiste Noémie de Lattre attend son deuxième enfant, un petit garçon, grâce à un don d'ovocytes. Elle raconte le deuil d'une famille nombreuse, les pistes envisagées avant d'en arriver là (adoption, grossesse naturelle, PMA), la vague de messages de soutien qu'elle reçoit et les questions de transmission que cette grossesse lui pose.
Peux-tu te présenter en quelques mots ? Qui est Noémie aujourd'hui : l'autrice, la comédienne, l'artiste féministe, la mère… ?
Je suis Noémie de Lattre : je suis artiste, je suis mère d'un garçon de 11 ans, et je m'apprête à être mère à nouveau, pour la deuxième fois, à 49 ans.
Mon premier enfant, je l'ai eu à 37 ans, et c'était déjà une grossesse "gériatrique". Mais j'ai tout aimé : j'ai aimé être enceinte, j'ai aimé accoucher, j'ai aimé allaiter, j'ai aimé être maman. Vraiment, j'ai tout adoré. J'étais partante pour une famille nombreuse, j'avais envie de recommencer tout de suite : je trouvais que j'étais faite pour ça.
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À quel moment t'es-tu autorisée à croire que cette grossesse était possible ? Si tu en as envie, peux-tu nous raconter ce que tu as traversé : les attentes, les éventuels accompagnements médicaux, les doutes, les choix… et ce qui t'a permis de te lancer ?
Malheureusement, l'homme avec qui j'étais à l'époque n'avait pas du tout les mêmes envies que moi. Ça a été un deuil douloureux, celui d'un deuxième enfant et d'une famille nombreuse, un deuil que je n'ai pas vraiment fait sur le moment. Je me suis dit : après tout, on est en couple, on s'aime, c'est une chose ; lui ne veut pas d'autres enfants, moi j'en veux d'autres, je vais en faire ailleurs — seule, ou avec un copain gay, il y a plein de possibilités. J'ai commencé à me lancer dans cette aventure, il n'était pas très chaud, mais je me disais que c'était un projet qui me tenait à cœur et qu'il ne pouvait pas m'en priver. Finalement, il m'a quittée quelques années plus tard, et je me suis dit : ok, maintenant je suis vraiment libre de mener à bien ce projet.
En fait, avant même mon premier enfant, l'idée de séparer l'amour maternel et l'amour romantique, de séparer ma vie de mère et ma vie de femme, c'était quelque chose qui me trottait déjà en tête. J'avais déjà entrepris des recherches, j'en avais déjà parlé à des copains. Ça ne s'est pas fait. Je suis très attentive aux messages de l'univers, au flow, à l'énergie, et je sentais bien que l'univers ne me poussait pas dans cette direction. J'ai eu 42, 43, 44, 45 ans, et à 45 ans je me suis dit : tant pis pour cette deuxième grossesse, cette famille nombreuse, c'est fini. Mais cette fois j'étais dans une vie qui me convenait très bien, très heureuse avec mon fils unique, alors ce deuil n'a pas du tout été douloureux.
Et c'est là que la vie est merveilleuse : à l'instant même où je me suis dit « c'est très bien comme ça », je suis tombée follement amoureuse d'un homme de 11 ans de moins que moi, avec un projet de famille nombreuse. Je lui ai dit : une famille nombreuse, ça va être compliqué, mais on peut réfléchir. On ne savait pas comment on allait faire. Il m'a dit cette phrase très belle : « il y a plein de façons de faire famille, je sais que tu es la femme de ma vie, c'est avec toi que j'ai envie de faire ça, et on verra comment ».
La première piste dont il m'a parlé, c'était l'adoption. Je n'ai pas eu besoin de réfléchir longtemps : c'est quelque chose qui m'avait déjà traversé, et je ne me sens pas capable. Déjà avec un enfant naturel, j'ai tout un tas de questions de légitimité — est-ce que je suis une assez bonne mère, est-ce que je mérite. Alors si en plus cet enfant ne vient pas de mon corps, j'ai eu peur de ne jamais être assez bonne, de ne jamais être à la hauteur, et peur aussi de ne pas l'aimer autant que mon enfant naturel. Trop de peur : adoption, non. On a aussi envisagé que Raphaël fasse un enfant de son côté, avec une femme avec qui il ne serait pas en couple — je serais alors la belle-mère de cet enfant, comme il est le beau-père du mien.
On a quand même essayé de travailler sans filet, en se disant que la nature nous sourirait peut-être : j'avais fait toute une batterie de tests à 47 ans, et les résultats étaient très positifs, j'étais en pleine santé, il me restait des ovocytes. Mais s'engager dans quelque chose de totalement naturel voulait dire commencer à calculer, à faire l'amour pour procréer, sur commande, et ça, je n'en avais vraiment pas envie. Si je n'avais pas eu l'âge que j'avais, on n'aurait même pas pensé à faire un enfant maintenant : on avait envie de vivre notre histoire d'amour comme ça, encore des années. Sans l'horloge biologique, la question ne se serait même pas posée ; raison de plus pour ne pas se lancer dans quelque chose de très invasif qui nous prenne le temps et l'esprit.
Restait la PMA. Avec mes propres ovocytes, j'ai plein de copines qui se sont lancées dans ce parcours, et c'est un vrai parcours de la combattante : des mois et des mois de piqûres, d'hormones, de tests médicaux, de comptage, de prise de température. Ça coûte une fortune, ça prend un temps fou, et pour un résultat, à l'âge que j'avais, de 0,6 % de chance que ça fonctionne. Notre vie entière allait tourner autour de ça. Et la prise d'hormones ne me convenait pas : je suis plutôt nature, je préfère toujours éviter l'allopathie et j'essaie de mettre le moins de choses possible dans mon corps qui ne soient pas produites par lui-même ou par la nature.
C'est à ce moment-là qu'une amie, qui avait eu une première fille naturellement à 37 ans, m'a annoncé qu'elle attendait son troisième enfant à 52 ans par don d'ovocytes, après un deuxième déjà conçu ainsi à 50 ans. Tout se passait bien pour elle, elle était heureuse. J'en ai parlé à Raphaël, et ça s'est joué en quatre secondes : une évidence. Entre le moment où on a appelé un premier laboratoire pour se renseigner, et le moment où je me suis retrouvée avec un test de grossesse positif dans la main, il s'est passé un mois et demi.
Une grossesse à 49 ans semble encore provoquer beaucoup de réactions. Qu'est-ce que cette grossesse est venue révéler du regard que notre société porte sur les femmes, leur âge et leur maternité encore aujourd'hui ?
J'ai été très, très surprise par les réactions. Je m'attendais soit à de l'indifférence, soit à un jugement — « mais t'es folle, t'es irresponsable, c'est contre-nature » — je m'attendais à quelque chose de plutôt désagréable. Et en fait, c'est incroyable : je n'attendais pas une telle vague de solidarité, de bonheur, de joie. Je reçois tous les jours, plusieurs fois par jour, dans la rue ou sur les réseaux sociaux, des témoignages de femmes qui viennent me dire merci, que ça donne de l'espoir, de l'inspiration. Ça leur ouvre quelque chose : se dire que c'est possible.
Je communique beaucoup sur le fait que ça coûte de l'argent, que ce n'est pas une solution accessible à toutes, que ce n'est pas universel, que ça reste une solution privilégiée. Mais je reçois vraiment des tonnes de témoignages qui parlent d'espoir, de possibilité, d'opportunité. Je ne me sens pas du tout jugée, je me sens portée. Et moi qui n'ai plus de famille (mes parents, mes frères et sœurs sont tous morts) j'ai l'impression que les femmes de ma communauté remplacent cette famille : elles vivent cette grossesse avec moi, elles sont au courant de tout, de l'échographie, du fait que ce soit un petit garçon. Je me sens utile, aussi.
Tu passes ta vie à questionner, détricoter, dénoncer les injonctions faites aux femmes. Est-ce que cette grossesse est venue bousculer certaines de tes propres certitudes ?
Ma première grossesse a été une véritable explosion de prise de conscience, très brutale : l'opposition entre la joie de ce que je vivais dans l'intimité et la brutalité de la société vis-à-vis des femmes en général, des femmes enceintes en particulier, la brutalité de la gynécologie et de l'obstétrique. J'en ai déjà beaucoup parlé, et j'en parle encore dans mon spectacle, dans mes livres.
Cette deuxième grossesse, elle, n'est pas venue bousculer cette prise de conscience — au contraire, elle est venue la confirmer et la conforter, dans une idée d'empuissancement et de liberté possible des femmes. J'ai fait appel à un don d'ovocytes, dans un projet d'amour, mais pour d'autres femmes, il y a aussi la possibilité du double don, de faire des bébés seules — ce qui, en termes d'empuissancement, est quand même quelque chose de très fort.
Avec les années, on gagne souvent une forme de liberté. Qu'est-ce que devenir mère aujourd'hui te permet de vivre que tu n'aurais peut-être pas vécu lors de ta précédente grossesse il y a dix ans ? Et inversement, qu'est-ce que cette maternité te demande de traverser, que l'on imagine rarement ?
Pour ma première grossesse, à 37 ans, j'étais déjà dans une vie installée, j'avais déjà des moyens, et je l'ai vécue avec beaucoup de liberté. Je ne peux pas dire que j'en ai davantage aujourd'hui... J'en ai même moins : j'étais financièrement beaucoup plus à l'aise il y a dix ans qu'aujourd'hui, donc je pense que ce sera plus difficile matériellement. Mais tout va bien.
Ce qui est vraiment nouveau, en revanche, c'est que mon premier enfant était le fruit de mes gènes et de ceux de mon compagnon, conçu naturellement : je n'avais rien à questionner sur la maternité, sur ce que c'est que de mettre un enfant au monde. Là, le fait que cet enfant ne porte pas mes gènes (et que mes parents étant morts, il ne les aura jamais connus et n'aura rien d'eux) pose plein de questions sur la transmission, sur ce que veut dire mettre un enfant au monde. J'ai traversé beaucoup de questionnements, parfois houleux, notamment pendant le premier trimestre. Ce n'est pas rien, et je m'adresse aux femmes qui portent ce projet : préparez-vous à aller visiter des choses au fond de vous, à faire un vrai travail sur vous-même, à affronter le fait de porter un enfant qui vient d'une autre famille, d'une autre histoire, d'une autre génétique, d'un autre patrimoine, d'un autre matrimoine.
Quand j'attendais mon premier enfant, précisément parce que tout était naturel, je restais malgré moi assez ancrée dans les traditions d'hérédité, dans l'idée que c'est « mon enfant, le fruit de mes entrailles ». Il m'a fallu du temps, je pense que c'est quand ma famille a commencé à mourir, qu'on a traversé de gros drames, mon fils et moi, que j'ai vraiment commencé à réfléchir à l'éducation bienveillante, à la communication non-violente, à l'adultisme de nos sociétés et à mon rapport à mon enfant. Ça a été un long chemin. Avec cette grossesse, riche de cette première expérience et forcée, par la différence génétique, à me poser toutes ces questions, je suis vraiment dans une démarche différente dès le départ.
Enfin, j'aimerais te demander quelque chose de très simple : quand ton enfant lira cette interview dans vingt ans, qu'aimerais-tu qu'il ou elle comprenne de la femme que tu étais au moment où tu l'attendais ?
Sache que là, je suis enceinte de cinq mois, et je suis déjà en train d'essayer de te donner toute ton agentivité, toute ta souveraineté, toute ton indépendance, toute ton autonomie. Tu n'es pas mon enfant, tu ne m'appartiens pas. Tu es un individu à part entière, qui existe librement, qui se développe dans mon ventre, et à qui je donnerai tout l'amour et tout le soin nécessaires pour grandir dans le bonheur et l'épanouissement.
Sache que je suis déjà en train d'essayer de respecter le plus possible ton individualité, qui tu es, toi, indépendamment de moi. Et je t'aime déjà.
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