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En bref : Le post-partum n'a pas de durée universelle. Sur le plan médical, l'OMS le situe entre 6 et 8 semaines, le temps que l'utérus retrouve sa taille initiale [1]. Mais pour beaucoup de femmes, les bouleversements physiques et psychologiques durent bien plus longtemps ; certaines professionnelles parlent même de plusieurs années [3]. Entre tranchées, lochies, montée de lait, baby blues et parfois dépression post-partum, cette période mérite d'être vécue sans injonction de calendrier, avec les bons dispositifs d'accompagnement.
Quand on est enceinte, on perçoit souvent l'accouchement comme la ligne d'arrivée de la grossesse. Et puis d'un coup, surprise : on rentre dans l'aventure du post-partum. Parfois, cette période peut ressembler au paradis. On est bercées par les hormones et les premiers instants avec notre bébé. On reprend nos activités quotidiennes. Et en un rien de temps, le post-partum est derrière nous. Bref, exactement ce qu'on avait imaginé. Super !
Et parfois, la suite de couches prend une autre tournure. On n'est pas en super bonne santé. La production de lait s'avère difficile. Des troubles anxieux peuvent apparaître. En somme, ce n'est pas vraiment la période toute rose qu'on espérait. À la maternité, la sage-femme nous avait pourtant dit que le post-partum se terminerait au bout de quelques semaines. Mais nous, on a le sentiment qu'il s'éternise. Et c'est dur.
Ça vous parle ? C'est normal. Car un sujet fait débat : combien de temps dure le post-partum ? On a essayé de répondre à cette question complexe pour vous. Zoom sur les différentes perspectives qui caractérisent cette période, ses symptômes, et nos conseils pour la vivre au mieux.
Combien de temps dure le post-partum ?
Période post-partum : ce qu'en dit la médecine
Prenons les choses dans l'ordre. D'abord, que dit la médecine ? Selon l'Organisation mondiale de la santé, le post-partum (ou « suites de couches »), c'est ni plus ni moins la période qui emboîte le pas à l'accouchement. En général, elle dure 6 à 8 semaines, soit 45 jours environ [1]. Pourquoi ? Parce que c'est le temps dont l'utérus a besoin pour retrouver sa forme et sa position. Cette période commence donc dès l'expulsion du placenta et se termine le 1er jour de retour des règles.
Mais déjà, au sein du corps médical, certains professionnels apportent leurs nuances, comme l'explique le magazine Harmonie Santé. On y lit que les gynécologues Mattea Romano et Alessandra Cacciatore définissent le post-natal en trois phases distinctes [2] :
- la phase aiguë (6 à 12 h après l'accouchement) ;
- la phase subaiguë (2 à 6 semaines) ;
- la période de post-partum retardé (jusqu'à six mois après la naissance).
Vous nous voyez venir : le post-partum, c'est bien plus complexe que ce qu'on trouve dans le Larousse.
Période post-partum : ce qu'en disent les femmes
Car oui, il y a le post-partum vu par la médecine... Et le nôtre. Celui que l'on vit, qui nous appartient, qui reflète notre histoire. Expérience à la fois universelle et si singulière. Celui qui chamboule tout sur son passage : le corps, le couple, la famille, le travail. Sans consensus.
Alors, combien de temps dure-t-il ? La vraie réponse, c'est qu'il n'y en a pas vraiment. Celui-ci peut s'étendre sur plusieurs mois... voire trois ans, comme l'affirme la sage-femme Anna Roy [3]. Ça vous semble long ? C'est normal. Mais n'oubliez pas que mettre au monde un enfant génère une multitude de cataclysmes physiques et physiologiques, qui peuvent parfois perdurer (on en parle juste après).
Voilà donc pourquoi on constate un écart aussi important entre les perspectives de la médecine et l'expérience des jeunes mères. Parce qu'on a tendance à se cantonner aux symptômes immédiats qui suivent la naissance du bébé. Oui, votre utérus retrouve sa taille originelle au bout de quelques semaines. Mais non, vous ne redevenez pas « celle d'avant » en un claquement de doigts. C'est bien plus complexe que ça. Beaucoup de femmes, d'ailleurs, parlent de leur post-partum comme d'un « 4e trimestre ».
Anna Roy et d'autres féministes, comme Illana Weizman, militent donc pour qu'on envisage le post-partum des futures mères sur un temps long, et qu'on lutte ainsi contre les injonctions au bonheur immédiat qui en découlent.
Les symptômes du post-partum
Vous l'aurez compris, beaucoup d'éléments peuvent influencer la durée du post-partum, et notamment des symptômes physiques et psychologiques. En voici quelques-uns (liste non exhaustive).
Période post-natale : les changements physiques
Juste après l'accouchement, on observe régulièrement les mêmes symptômes qui caractérisent le post-partum d'un point de vue strictement médical. Les désagréments les plus courants demeurent :
- Les tranchées : contractions utérines que l'on ressent après avoir accouché. C'est le muscle qui travaille pour retrouver sa forme initiale.
- Les lochies : saignements (comme de grosses règles) qui commencent après l'expulsion du placenta. Elles restent très abondantes les premiers jours, puis diminuent au fil des semaines, pour disparaître complètement.
- La montée de lait : les seins gonflent, l'allaitement se prépare ! Mais ça peut tirailler, et faire un peu mal.
- Les vergetures : elles vont s'estomper avec le temps.
Il arrive aussi que le vagin brûle un peu si vous avez subi quelques lésions ou une épisiotomie. Pas de panique, ça va rentrer dans l'ordre rapidement.
Votre ventre, lui, va garder une forme arrondie pendant quelque temps. Il a porté votre bébé durant neuf mois, il ne peut pas redevenir tout plat en une fraction de seconde ! Et c'est normal. Alors, ne culpabilisez pas, et surtout… ne vous mettez pas à faire du sport ou un régime alimentaire pour perdre du poids. Pas de reprise d'activité physique sans l'accord de votre médecin ou de votre sage-femme. Épargnez votre plancher pelvien !
Changements psychologiques
Vous l'aurez compris, le corps change. Mais le cerveau aussi. Et les bouleversements psychologiques liés au post-partum se traduisent souvent à travers deux états très différents, dont on ne parle encore pas assez.
Baby blues
Il y a d'abord le baby blues. Ça, vous en avez sans doute déjà entendu parler. Qu'est-ce que c'est exactement ? Eh bien, ça correspond à un cocktail d'émotions lié à tous ces changements physiques, psychologiques et hormonaux dû à l'accouchement. Cet état dure environ 15 jours et touche la majorité des femmes. Ça se passe quelques jours après la naissance, et la jeune mère peut alors :
- avoir envie de pleurer « pour un rien » ;
- se sentir fatiguée ;
- être très irritable ou sujette à des sautes d'humeur ;
- perdre ses repères...
- ...ou confiance en elle.
On vous l'accorde, le baby blues peut vite impressionner. Mais il reste sans gravité, et disparaît tout seul. Par contre, s'il dure plus de deux semaines, parlez-en à votre médecin ou votre sage-femme. Il s'agit peut-être d'une dépression post-partum.
Dépression post-partum
À ne pas confondre avec le baby blues donc, et pourtant, erreur si fréquente ! Selon Les 1000 premiers jours, près d'une mère sur cinq souffre de dépression post-natale [4]. Souvent, elle s'installe entre le premier et le deuxième mois du bébé. Alors, quand doit-on consulter ? En gros, quand le baby blues persiste et signe. Les symptômes demeurent sensiblement les mêmes :
- anxiété ;
- confusion ;
- maux de tête ;
- insomnie ;
- irritabilité.
Le problème, c'est qu'on la diagnostique difficilement. Pourquoi ? Parce que les femmes ont tendance à la taire. Elles culpabilisent de cet état de mal-être, éprouvent des remords, et par conséquent préfèrent ne pas en parler à leurs proches, ou à un professionnel de santé.
Néanmoins, les conséquences de la dépression post-partum sur leur bien-être et celui de leur enfant peuvent s'avérer terribles. Alors, notre conseil : parlez à quelqu'un de confiance. N'ayez pas honte. Vous n'êtes pas seules !
Rajoutons par ailleurs que cette maladie ne touche pas seulement les femmes. C'est un sujet encore assez tabou, mais la dépression post-partum paternelle existe elle aussi : elle toucherait près d'un père sur 10 [5], et mérite tout autant d'être mise sur la table.
Bien vivre sa période de post-partum
En France, beaucoup d'initiatives permettent de soutenir la jeune mère à travers son post-partum. Pourtant, peu de femmes le savent, et traversent seules tous ces désagréments. Retenez donc que plusieurs dispositifs gratuits peuvent vous accompagner pendant cette période, et ce, bien avant la fameuse consultation des 6 semaines.
Le dispositif Prado
Une fois rentrée à la maison, vous avez droit à deux ou trois visites de sage-femme dans les douze premiers jours de vie de votre enfant. C'est le dispositif Prado pour le retour à domicile, et c'est gratuit. On le propose en priorité aux mères qui font une sortie précoce de la maternité (24-72h post-natal si accouchement vaginal, et 96h si césarienne). Profitez-en.
La CAF
Les caisses d'allocations familiales (CAF) et certaines associations financent aussi des heures d'aide à domicile. Ces dispositifs sont mis en place en cas de changement de situation, ce qui inclut, bien entendu, la naissance d'un enfant. Voilà qui peut vraiment vous épauler pour surmonter des difficultés ponctuelles.
Les unités mère-enfant
Certains hôpitaux disposent d'une unité mère-enfant, pour aider celles qui ont du mal à créer le lien avec leur bébé, ou qui souffrent de dépression post-partum.
La consultation des 6 semaines
Bien sûr, la consultation post-natale chez votre gynécologue, ou avec la sage-femme de la maternité. Elle a lieu entre 6 et 8 semaines après l'arrivée du bébé. C'est là que vous ferez le point sur votre état de santé. Le professionnel vérifiera par exemple vos cicatrices (si épisiotomie, déchirure ou accouchement par césarienne). Mais vous allez aussi pouvoir vous confier sur votre météo psychologique ! Alors, parlez-y de tout : vos joies, vos angoisses, du vécu (parfois compliqué) de la naissance, de vos hésitations entre lait maternel et lait infantile, de votre envie, ou pas, de reprendre une activité sexuelle. Bref, de toutes vos difficultés.
La rééducation musculaire
Ne négligez pas vos séances de rééducation périnéale et abdominale (on a tendance à l'oublier, celle-là) ! Ce sont elles qui vous permettront de :
- retrouver des super muscles abdominaux ;
- favoriser un plancher pelvien bien tonique ;
- limiter fortement les problèmes qu'on n'a pas envie d'avoir dans sa vie (comme, au pif, l'incontinence urinaire).
Après quelques séances avec un kinésithérapeute qui vous apprendra à bien contracter votre périnée, vous pourrez vous équiper d'une sonde périnéale pour continuer votre rééducation à domicile. La sonde est connectée par Bluetooth à son smartphone, ce qui permet de réaliser les exercices sous forme de mini-jeux, chez soi, à son rythme.
Elles vous aideront à reprendre aussi une activité physique rapidement. Tout bénef, en somme !
Alors, que retenir de tout ça ? Eh bien, que le post-partum représente un moment de vie aussi unique que complexe. Qu'il défie toute définition simpliste. Que chaque expérience demeure entièrement personnelle, avec ses joies et ses enjeux. Et surtout, qu'il s'étend bien au-delà des limites médicales établies. C'est en reconnaissant cette diversité et en offrant un soutien adapté aux femmes qu'on pourra les accompagner comme elles le méritent dans cette aventure extraordinaire.
Questions fréquentes sur le post-partum
Combien de temps dure officiellement le post-partum ?
Sur le plan médical, l'OMS le situe entre 6 et 8 semaines, le temps que l'utérus retrouve sa taille et sa position initiales [1]. Mais les bouleversements physiques et psychologiques peuvent durer bien plus longtemps selon les femmes.
Quelle est la différence entre baby blues et dépression post-partum ?
Le baby blues touche la majorité des femmes, dure environ 15 jours et disparaît seul. La dépression post-partum, elle, persiste au-delà de deux semaines et nécessite un accompagnement médical. Elle touche près d'une mère sur cinq [4].
La dépression post-partum touche-t-elle aussi les pères ?
Oui, la dépression post-partum paternelle existe et toucherait près d'un père sur 10, le plus souvent entre 3 et 6 mois après la naissance [5].
Quels dispositifs gratuits existent pour accompagner le post-partum en France ?
Le dispositif Prado permet 2 à 3 visites de sage-femme à domicile dans les 12 premiers jours. Les CAF et certaines associations financent des heures d'aide à domicile, et certains hôpitaux disposent d'unités mère-enfant pour les situations plus difficiles.
Quand faut-il consulter en cas de mal-être après l'accouchement ?
Si le baby blues dure plus de deux semaines, ou si vous ressentez une tristesse persistante, de l'anxiété ou une perte d'intérêt marquée, parlez-en à votre médecin ou votre sage-femme sans attendre la consultation des 6 semaines.
Cet article est rédigé à titre informatif et ne constitue pas un avis médical. Si le baby blues persiste au-delà de deux semaines, ou si vous ressentez des signes de mal-être important, parlez-en à votre médecin, votre sage-femme, ou un professionnel de santé mentale — vous n'êtes pas seule.
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