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Cheveux et peau gras avant les règles : ce que disent vos hormones
BeautéJul 3, 20266 min read

Cheveux et peau gras avant les règles : ce que disent vos hormones

Sommaire

Certains jours, vos cheveux le valent (très) bien. D'autres jours, ils ont clairement décidé de saboter votre matinée : plats, gras, électriques, aucune envie de coopérer. Spoiler : ce n'est ni la faute de votre shampoing, ni celle de la lune. Le vrai responsable se cache du côté de vos ovaires. Œstrogènes, progestérone, testostérone : ce trio mène une danse hormonale bien réglée tout au long du mois, et votre cuir chevelu suit la chorégraphie, qu'il soit d'accord ou non. On vous explique le mécanisme, hormone par hormone, pour arrêter d'en vouloir à vos cheveux (ce n'est pas eux, ce sont vos ovaires).

L'essentiel à retenir (pour celles qui n'ont pas le temps)

Vos glandes sébacées ont des récepteurs hormonaux, tout comme votre peau. Résultat : les œstrogènes calment le jeu côté sébum, tandis que la testostérone appuie sur l'accélérateur. Le rôle de la progestérone, lui, reste débattu par les dermatologues. C'est cette bascule hormonale qui explique pourquoi vos cheveux sont sublimes au moment de l'ovulation… et pourquoi ils vous snobent complètement juste avant vos règles. Pour savoir précisément où vous en êtes, direction notre guide pour calculer votre cycle menstruel.

Pourquoi ai-je les cheveux gras avant les règles ? La faute au duo progestérone + testostérone

Si vos cheveux redeviennent gras le lendemain même du shampoing dans les jours qui précèdent vos règles, l'explication la plus courante pointe vers un duo hormonal : la progestérone (encore bien installée depuis l'ovulation) et un second petit pic de testostérone.

L'idée que la progestérone stimule la production de sébum est largement répandue, y compris chez plusieurs professionnels de santé. Elle mérite toutefois d'être nuancée : la dermatologue indienne Dr Sangita Ghosh, dans une revue de référence publiée dans l'Indian Journal of Dermatology, rappelle que ce lien n'a jamais été formellement démontré expérimentalement chez l'humain, et que la progestérone agit même, sur le plan biochimique, comme un inhibiteur compétitif de l'enzyme responsable de l'activation du sébum par la testostérone, un mécanisme qui devrait plutôt la freiner [1].

Ce que les dermatologues américains John S. Strauss et Albert M. Kligman avaient déjà observé dès les années 1960 : les effets de la progestérone sur les glandes sébacées varient selon les études et ne suivent pas un schéma aussi simple qu'on le pense souvent [2].

Ce qui est en revanche solidement établi, c'est le petit pic de testostérone pré-menstruel : une étude à grande échelle du Pr Christos Zouboulis portant sur plus de 17 000 femmes confirme le rôle de la testostérone (via sa conversion en DHT par la 5α-réductase) dans la stimulation du sébum [3].

💡 Le réflexe malin : à cette période, on oublie les masques ultra-nourrissants (le cuir chevelu n'a pas besoin d'aide supplémentaire pour graisser) et on privilégie un shampoing purifiant, plus léger.

Pourquoi mes cheveux sont-ils au top pendant l'ovulation ? Le secret du "Good Hair Day"

À l'inverse, autour de l'ovulation, les œstrogènes sont à leur pic, et pour une fois, ils jouent pour vous. Contrairement aux autres hormones, les œstrogènes ont un effet plutôt calmant sur le sébum : une étude récente montre une production sébacée nettement plus basse en phase ovulatoire qu'en début de phase lutéale [4]. Au même moment, un léger pic de testostérone vient contrebalancer ce qui se joue. Résultat : un équilibre presque parfait entre une hormone qui freine le sébum et une autre qui l'active juste assez pour donner du volume et de la brillance. Le combo gagnant.

La fiche de personnalité des 3 hormones qui décident de votre bonne ou mauvaise journée capillaire

Hormone Effet sur le sébum / cheveux Ce qu'en dit la science
Œstrogènes Effet anti-séborrhéique : freinent la production de sébum, cheveux plus légers et brillants Effet bien documenté ; une étude de la dermatologue Emanuela Camera (San Gallicano Dermatological Institute, Rome) avec le Pr Christos Zouboulis (Brandenburg Medical School) confirme un pic de production de sébum plus bas en phase ovulatoire qu'en début de phase lutéale [4]
Progestérone Rôle longtemps présenté comme stimulant le sébum Lien non démontré expérimentalement chez l'humain ; effet biochimique parfois inverse (inhibiteur compétitif) ; sujet encore débattu [1][2]
Testostérone Stimule la production de sébum via ses pics pré-ovulatoire et pré-menstruel Effet stimulant bien établi dans la littérature sur les androgènes [3]

Ce même trio hormonal explique aussi les variations de la libido féminine au fil du cycle.

Et côté peau, ça donne quoi ?

Votre peau suit exactement la même logique hormonale que vos cheveux, phase par phase, logique, puisque ce sont les mêmes hormones qui pilotent les glandes sébacées. Les œstrogènes jouent d'ailleurs un rôle protecteur plus large sur la peau : au-delà de leur effet sur le sébum, ils participent au maintien de l'épaisseur cutanée et de la production de collagène, un mécanisme documenté sur la carence en œstrogènes à la ménopause, et qu'on peut raisonnablement extrapoler aux variations plus fines du cycle [5]. D'autres signaux du corps évoluent eux aussi par phase, comme l'évolution de la glaire cervicale au fil du cycle.

💡 Le bon réflexe : caler les soins actifs (rétinol, exfoliants, peeling) sur la phase folliculaire et l'ovulation, où la peau est la plus tolérante, et alléger sa routine (peau comme cheveux) à partir de la deuxième moitié du cycle.

Comment ajuster sa routine capillaire selon la phase du cycle

Phase du cycle Ce qui se passe côté hormones Le réflexe routine
Après les règles, avant l'ovulation Le cuir chevelu tourne rond On espace les shampoings, sans culpabiliser
Pendant l'ovulation Pic d'œstrogènes, léger pic de testostérone : équilibre optimal Rien à faire, vos cheveux gèrent tout seuls
Après l'ovulation La progestérone s'installe, la testostérone accompagne On lave plus souvent, on allège les soins
Juste avant les règles Combo progestérone + pic de testostérone pré-menstruel Shampoing purifiant, produits légers, pas de soin nourrissant en plus
Pendant les règles Hormones au plus bas Fatigue et léger climat inflammatoire (prostaglandines) : on mise sur des soins réconfortants et une assiette riche en fer et en zinc

Le même principe s'applique d'ailleurs bien au-delà de la routine capillaire : votre énergie et vos performances physiques suivent la même logique, comme on l'explique dans notre article sur organiser votre pratique sportive selon votre cycle.

Quand ce n'est plus juste "une question de cycle"

Certains déséquilibres hormonaux vont bien au-delà d'un simple mauvais jour capillaire, et là, on arrête de plaisanter :

  • Le SOPK (ou SMOP) : l'excès d'androgènes qu'il entraîne est associé à une alopécie qui touche le haut du crâne. Une méta-analyse de référence conduite par le Pr Enrico Carmina, endocrinologue, pour le compte de l'Androgen Excess and PCOS Society, évalue la prévalence de cette alopécie à 28 % chez les femmes atteintes de SOPK (intervalle de confiance : 22 à 34 %) [6]. Le lien entre excès d'androgènes et perte de cheveux est par ailleurs largement documenté dans la littérature sur les mécanismes de l'alopécie androgénétique [7].
  • L'hypothyroïdie : peut rendre les cheveux plus mous, plus cassants, avec une chute plus marquée.
  • Puberté, post-partum, périménopause : ces grandes bascules hormonales peuvent aussi jouer sur la densité et la texture des cheveux, parfois de façon plus durable — on détaille ce qui se joue dans notre article sur nos hormones en périménopause.

⚠️ Le vrai signal d'alarme : une perte de densité réelle (pas juste un mauvais jour), surtout sur le sommet du crâne, ou une chute qui dure plusieurs semaines. Direction un médecin et, si besoin, un bilan sanguin.

Ce qu'on retient

Vos cheveux ne vous en veulent pas personnellement, même si tout porte à croire le contraire un mauvais matin. Ils suivent, fidèlement, la logique hormonale de votre cycle : œstrogènes en mode régulateur, testostérone en mode activateur, progestérone au rôle encore débattu, sans jamais vous prévenir à l'avance. Une fois qu'on a repéré cette logique, on peut ajuster sa routine.

Questions fréquentes

Pourquoi mes cheveux graissent-ils plus vite après l'ovulation ?
L'explication la plus répandue pointe vers la progestérone, qui prend le relais après l'ovulation. Son rôle exact sur les glandes sébacées est toutefois encore débattu par les dermatologues ; le petit pic de testostérone qui l'accompagne, lui, a un effet stimulant sur le sébum bien établi.

La pilule change-t-elle la donne ?
Oui : en mettant le cycle hormonal naturel en pause, la pilule tend à lisser ces variations. Ce qu'on décrit ici concerne surtout les cycles non traités par une contraception hormonale.

À partir de quand faut-il s'inquiéter d'une chute de cheveux ?
Si la perte de densité est réelle (pas juste une texture différente un jour donné) et persiste sur plusieurs semaines, mieux vaut en parler à un professionnel de santé.

Sources
  1. Ghosh S, Chaudhuri S, Jain VK, Aggarwal K. Profiling and Hormonal Therapy for Acne in Women. Indian Journal of Dermatology, 2014 — pmc.ncbi.nlm.nih.gov
  2. Strauss JS, Kligman AM. The Effect of Progesterone and Progesterone-Like Compounds on the Human Sebaceous Gland. Journal of Investigative Dermatology, 1961 — sciencedirect.com
  3. Zouboulis CC, Deloche C, Skayem C, et al. A Global Study of 17,009 Women Reveals Significant Skin Condition Changes Associated With Irregular Menstrual Cycles. British Journal of Dermatology, 2025 — academic.oup.com
  4. Lau HF, Poon V, Cavallo A, et al. (dont Camera E. et Zouboulis CC.). Physiological Differences in Sebum Composition in Regularly Menstruating Healthy Women. Journal of Dermatology, 2025 — pmc.ncbi.nlm.nih.gov
  5. Stevenson S, Thornton J. Effect of estrogens on skin aging and the potential role of SERMs. Clinical Interventions in Aging, 2007 — pmc.ncbi.nlm.nih.gov
  6. Carmina E, Azziz R, Bergfeld W, et al. Female Pattern Hair Loss and Androgen Excess: A Report From the Multidisciplinary Androgen Excess and PCOS Committee. The Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism, 2019 — academic.oup.com
  7. Kaufman KD. Androgens and alopecia. Molecular and Cellular Endocrinology, 2002 — sciencedirect.com